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Historical Documentation Notice

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The content reflects historical perspectives and should be understood within its historical context.

The entrance to the camp at
Auschwitz


L’ExpressParis, 19 janvier
1995
,

Eric
Conan:
AUSCHWITZ:
La mémoire du mal

For a
French critique of Conan’s article by former professor
Robert Faurisson click here

Courtesy of Website Aaargh

click
to locate this quote in the text

“Tout y est faux: les dimensions de la chambre à gaz, l’emplacement des portes, les ouvertures pour le versement du Zyklon B, les fours, rebâtis selon les souvenirs de quelques survivants, la hauteur de la cheminée…”

L
Y A
cinquante ans, le samedi 27 janvier 1945, un détachement de la 60e armée soviétique pénétrait dans le complexe concentrationnaire d’Auschwitz-Birkanau, en haute Silésie polonaise,
à moins de 50 kilomètres de Cracovie.
Dans les trois camps libérés, les soldats de l’Armée rouge ne trouvèrent que 7.000
déportés, pour la plupart mourants ou malades.
En

fuyant devant l’avancée des troupes de Staline, les
Allemands avaient emmené dans leur débâcle l’immense majorité des détenus “aptes au travail”.

Cette évacuation s’est subitement accélérée à la mi-janvier 1945:
I’Armée rouge venait, plus tôt que prévu, de lancer son offensive sur la Vistule.

Les nazis décidèrent en catastrophe la liquidation définitive des trois

camps.
Entre le 17 et le 21 janvier 1945, 56.000 autres détenus quittèrent le camp, à pied, dans la neige et la glace.

Ces
“marches de la mort” firent en quelques jours des milliers de victimes, tombées d’épuisement, de froid, ou sous les balles de leurs gardiens, paniqués par leur déroute.

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En arrivant, les Soviétiques trouvèrent les
restes de constructions inédites dans l’histoire
de l’humanité: des crématoires dotés
de chambres à gaz, que des artificiers allemands
avaient dynamités le 20 janvier.

Ecoutant les rescapés, les militaires
découvrirent le fonctionnement et la
finalité d’une machinerie conçue pour le
meurtre

collectif.

Auschwitz ne fut pas le seul camp d’extermination
nazi.
Mais
il fut le plus grand, le plus meurtrier.
Et
est aujourd’hui le mieux connu.
Contrairement
aux autres camps consacrés à la destruction
humaine (Treblinka, Chelmno, Majdanek, Sobibor, Belzec),
dont il reste peu

de témoins.
Auschwitz,
parce qu’il fut également camp de concentration et
camp de travail, a laissé plus de survivants.
Et
donc plus de souvenirs.
Environ
1 million de personnes y furent assassinées, dont
près de 90% de juifs.

Depuis la fin de la guerre, I’importance de

cet
événement unique, longtemps
sous-estimé en Occident et falsifié
à l’Est, ne cesse de grandir.
L’image,
désormais universelle, de ces rails, venant de
toute l’Europe pour s’interrompre brutalement
derrière le porche de Birkenau, marque à
jamais le xxe siècle.

.
——-


Ce sont les travaux d’hiver.
Protégés du froid et de la neige dans l’ancienne buanderie transformée en atelier, 7 menuisiers s’affairent autour d’une grande porte de bois noirci, posée sur des tréteaux.
Un par un, ils enlèvent, soigneusement, tous les clous.
A chacune des

planches, désormais désunies, ils attachent une petite plaque de fer-blanc sur laquelle un nombre est gravé.
Puis les déposent, côte à côte, au fond de la pièce, près de centaines d’autres éléments — planches, poutres, chevilles — appartenant tous à la baraque B
153.
L’une des 20 dernières baraques en pin encore présentes sur l’emplacement de l’ancien “camp de

quarantaine”.

L’une de ces écuries préfabriquées de 40 mètres de longueur de la Wehrmacht, qui furent installées, à partir de 1941,
à Birkenau.
A titre provisoire.

Ils ont démonté la baraque B 153 à
l’automne.
Très lentement.

type=”horizontal”>Après avoir numéroté tous ses panneaux, ses portes, ses poutres, et l’avoir photographiée sous tous les angles.
Un classeur contient des centaines de photos.
Un autre, des dizaines de schémas illustrant les
étapes du démontage, qui a
été filmé en vidéo.
Enfin, un troisième consigne, morceau de bois par

morceau de bois les étapes de la restauration: des croquis indiquent à l’aide de couleurs différentes, les planches originales conservées et celles qui, abîmées ou pourries, sont remplacées, totalement ou partiellement, par du pin neuf.
Un quatrième classeur recevra les clichés réalisés au moment du remontage, au

printemps.

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La
présentation de ces épais registres est
impeccable.
Witold
Smrek y veille personnellement.
“Absolument
tout ce que nous faisons est désormais
enregistré!”

Conservateur général du
musée d’Auschwitz-Birkenau, cet ingénieur
de 40 ans supervise l’ensemble des travaux d’entretien et
de restauration des sites d’Auschwitz I (20 hectares) et
de Birkenau (171 hectares).
Ses
hommes vont consacrer six mois de soins à la
baraque B 153.

Pour qu’elle survive.
Quatre
autres baraques quelques

miradors et des dizaines de
châlits ont déjà été
restaurés selon ces nouvelles règles.
Pour
soustraire les vestiges de pin au lent pourrissement qui
les gagne par tous les bouts, les ouvriers trempaient,
jusqu’alors, chaque planche remise en état dans un
bain d’insecticide.
Mais
Witold Smrek vient d’acquérir une énorme
machine danoise de 200 000 marks payée par le
gouvernement

allemand.

“C’est une grosse étuve perfectionnée pour
l’imprégnation du bois sous pression.
Elle
va nous permettre de traiter plusieurs dizaines de
planches à la fois.
Avec
une garantie de conservation de trente ans.”

Le
conservateur général insiste beaucoup sur
sa solitude professionnelle.

“Je dois maintenir en l’état des installations de
mauvaise qualité, édifiées à
titre très provisoire, il y a cinquante ans, sur
un ancien marais, où le sol ne cesse de bouger !

Mais il n’y a pas de spécialistes du béton
médiocre.
Ni
de la mauvaise brique qui s’effrite.
Parfois,
nous ne savons plus quoi faire !” Witold Smrek est
intarissable sur le malaise qui le poursuit
quotidiennement: comment s’acquitter consciencieusement
d’un travail souvent impossible?

Quand les
cheminées de brique qui s’alignent à perte
de vue, derniers vestiges des baraques disparues,
menacent de tomber, il les remplit de béton
armé et les ancre dans le sol.
La
moitié d’entre elles ont d’ailleurs
été reconstruites dans les années
60.
Lorsque
les fils de fer barbelé, rouillés, se
cassent, il n’a pas de scrupule à en poser des
neufs: les 145 kilomètres de

clôture ont
déjà été totalement
remplacés trois fois depuis la fin de la guerre!
Mais que faire des poteaux de béton
recourbés qui les soutiennent et se fendent,
devenant dangereux? Des murs de brique de 12
centimètres d’épaisseur des Blocks de
Birkenau s’écroulant sous les toits trop lourds?
Des vestiges de béton armé des chambres
à gaz des crématoires II et III, que les
nazis ont dynamités le 20 janvier 1945, et qui se
délitent un peu plus chaque année ?

Witold
Smrek aimerait bien qu’on lui dise ce qu’il faut faire,
puisqu’il n’est, aujourd’hui, plus question de
reconstruire, comme le faisaient ses
prédécesseurs.
En
attendant, depuis cinq ans, ainsi qu’on le lui a
recommandé, il consigne toutes les interventions
effectuées par ses 15 employés et
contremaîtres.
Même
s’ils travaillent sur des bâtiments

à

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l’authenticité
déjà bien malmenée, telles ces
dernières baraques de Birkenau.
Les
nazis en avaient installé plus de 200.
Ils
en ont démonté quelques dizaines en 1944
avant d’évacuer le camp, et brûlé
beaucoup d’autres.
Puis,
après guerre, les Polonais en ont
récupéré plus d’une centaine pour
les sans-abri de

Varsovie.
Et
les habitants d’Auschwitz sont venus se fournir en bois
de chauffage, entre 1945 et 1947, quand le site
était à l’abandon.
En
1952, il n’en restait que 38, délabrées,
dont les parties récupérables n’ont permis
d’en reconstituer que 20 à peu près
entières.
Lesquelles
furent, par la suite,

régulièrement
retapées.
Et
remontées sur des dalles de ciment qui
n’existaient pas, à l’origine, quand plusieurs
centaines — et à certaines périodes un
millier — de détenus s’entassaient dans chacune
d’elles sur des châlits de bois à trois
étages simplement posés sur la terre
battue.
Quelle
part de ces vestiges date encore de 1945? “Au moins 60
%”, précise Witold Smrek,

agacé par les
critiques qui s’élèvent à
présent contre quarante années de
préservation-reconstruction d’Auschwitz.
Lui
n’était pas encore là.
Il
n’y est pour rien.
C’est
pour cela qu’il consigne, avec un soin maniaque, chacune
des interventions de ses ouvriers.
On
ne pourra

l’accuser d’aucun méfait.
Tout
est là, à l’intérieur des dizaines
de dossiers accumulés dans le grand bureau qu’il
occupe au sein d’un ancien Block de détenus
d’Auschwitz I.

Il agit de même pour les “objets”, comme on dit
dans le langage des employés du musée.
Les
valises, les chaussures, les gamelles, les lunettes,

les
prothèses, les peignes.
Découverts
par dizaines de milliers dans les hangars du camp en
1945, ce sont les effets personnels des derniers juifs
assassinés, qui étaient
récupérés méthodiquement afin
d’être expédiés dans le Reich pour
“recyclage”.
Une
partie figure dans le musée.
Ils
s’y détériorent depuis cinquante

ans,
derrière de larges vitrines, dans des
pièces non chauffées d’anciens Blocks de
détenus.
Grâce
à des fonds du gouvernement allemand (7,5 millions
de marks), le musée s’équipe actuellement
d’un système de chauffage et de climatisation,
conçu par une firme de Dresde.
Et,
depuis que Witold Smrek en a la charge, les
employés du musée prêtent plus
d’attention à l'”entretien

des objets”.
Les
87.000 chaussures, par exemple.
Avant
lui, on les brassait périodiquement dans une sorte
de tambour empli de sciure imbibée de lanoline
pour les dépoussiérer et les huiler: elles
y ont pris une couleur uniforme et beaucoup n’ont pas
résisté à ce traitement aujourd’hui
proscrit.
Le
musée a désormais recours aux

services de
dizaines de jeunes bénévoles allemands,
militants de la mémoire, membres d'”Aktion
Suhnezeichen” (opération Repentir), qui
séjournent régulièrement à
Auschwitz, à la recherche d’une bonne action.

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Witold
Smrek leur fait nettoyer à la main, une par une,
les chaussures tragiques.
Les
élèves de l’école de restauration de
Cologne se sont chargés du nettoyage des
valises.

Toutes ces précautions — ce souci de bien faire,
de ne pas être taxé de falsification —
illustrent les efforts récents des
autorités polonaises pour délivrer l’ancien
camp d’extermination de

quarante ans d’une mémoire
communiste qui avait modelé le site jusqu’à
en nier la signification.
Après
la chute du Rideau de fer, les responsables d’Auschwitz
ont dû faire face à la multiplication
soudaine des visiteurs étrangers, dont beaucoup
sont abasourdis par ce qu’ils découvrent.
Et
le font savoir.
D’où
une inflation de

suggestions, de critiques et de
protestations.
L’affaire
du carmel d’Auschwitz incita les nouveaux dirigeants
polonais à faire vite le ménage.

L’homme clef de cette mission diplomatique sera Stefan
Wilkanowicz, directeur de la revue catholique “Znak”,
organe influent de l’ex-opposition catholique.
Tadeusz
Mazowiecki, Premier

ministre, avait nommé ce
proche comme médiateur dans l’affaire du
carmel.
Moins
patelin qu’il n’en a l’air, ce sexagénaire a
joué un rôle essentiel, en compagnie du
Français Théo Klein, dans le
règlement d’un conflit qui a beaucoup
contribué à attirer l’attention
internationale sur les bizarreries de la gestion du
site.

Tadeusz Mazowiecki lui demande alors de s’occuper

de
l’ensemble d’Auschwitz, en y associant les organisations
d’anciens déportés.
Ainsi
naît, en 1990, le Comité international du
musée d’Etat d’Auschwitz, comprenant 26 membres de
toute nationalité, dont Israel Gutman, du
mémorial Yad Vashem de Jérusalem, et
Théo Klein, ancien président du Crif
(Conseil représentatif des institutions juives de
France).
La
présidence de ce

comité est confiée
à Wladyslaw Bartoszewski, personnalité
incontestable, historien du judaïsme, ancien
résistant, survivant d’Auschwitz, et actuellement
ambassadeur de Pologne en Autriche.
On
y retrouve Stefan Wilkanowicz, assurant une
vice-présidence très attentive.
Officiellement
chargé de conseiller à la fois, le
directeur du musée d’Auschwitz et le ministre de
la Culture,

qui en a la tutelle, ce comité va
soudain devenir, pour la première fois depuis la
fin de la guerre le lieu d’un débat inédit:
que faire d’Auschwitz? “L’accord fut unanime pour mettre
fin au discours national-communiste sur le site et pour
que le génocide des juifs trouve enfin une place
centrale dans la mémoire d’Auschwitz.
Mais
les désaccords furent profonds quant aux formes
que devaient prendre ces changements !” se souvient
Stefan

Wilkanowicz.
Cinq
ans plus tard, le constat reste valable: “Les plus
grosses énormités ont été
rectifiées, mais les principales discussions n’en
finissent pas et sont loin d’être
tranchées.
Je
peux même dire que des débats essentiels,
douloureux, parfois imprévus, ne font que
commencer!” .

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Le
Comité international a tout de même
été contraint, il y a seulement quelques
semaines, de mettre un terme à une controverse qui
durait depuis cinq ans.
Il
vient de remplacer, pour les prochaines
cérémonies du 50e anniversaire, la plaque
commémorative de Birkenau (en 20 langues) qu’il
avait fait immédiatement déposer en
1990.
Elle
était le signe le plus visible et

le plus
gênant de l’emprise communiste sur le site.
On
pouvait, en effet, y lire: “Ici, de 1940 à 1945
quatre millions d’hommes, de femmes et d’enfants ont
été torturés et assassinés
par les meurtriers hitlériens”.

Non seulement le chiffre était
grossièrement erroné, mais le texte ne
faisait aucune allusion à l’identité juive
de 90 % des victimes.

type=”vertical”>Lors
de l’inauguration de ce “monument international à
la mémoire des victimes du fascisme”, le 16 avril
1967, en trois heures de discours, les orateurs (dont le
Premier ministre polonais et le libérateur
soviétique du camp) avaient réussi le
prodige de ne pas prononcer une seule fois le mot
“juif”.

Pendant des dizaines d’années, cette
négation du judéocide fut l’une des
constantes de

l’approche stalinienne.
D’Auschwitz,
elle faisait avant tout le lieu de la souffrance
polonaise et du martyre des combattants
antifascistes.
D’où
le choix, à cette époque, de
privilégier le site d’Auschwitz 1, lieu principal
d’internement et d’exécution de 75.000
résistants et otages polonais, et de
négliger l’énorme complexe de Birkenau,
centre d’extermination de masse des juifs

de Pologne et
d’Europe.

Hormis le monument en hommage aux 15.000 soldats
soviétiques assassinés.
La
majeure partie du musée d’Auschwitz I se compose
de “pavillons nationaux” — un pavillon juif figurant
simplement parmi les autres — dont beaucoup vantent
surtout les lumières du communisme, comme le
scandaleux pavillon bulgare (alors qu’il n’y a pas eu de
déportés de Bulgarie à

Auschwitz),
que le musée vient de prendre la liberté de
fermer (officiellement, pour raisons de
sécurité…), et l’ex-pavillon
soviétique, aujourd’hui à l’abandon, qui
vantait les mérites de l’Armée rouge.

Ce mensonge historique devait cesser d’urgence.
Mais
c’est seulement lorsque l’ancienne plaque fut
déposée que les membres du comité
s’aperçurent qu’ils n’étaient pas

d’accord
sur le nombre de victimes à inscrire sur la
nouvelle.
Selon
les évaluations les plus sérieuses —
celles de Raul Hilberg, Franciszek Piper et Jean-Claude
Pressac — de 800.000 à 1,2 million de personnes
ont été assassinées à
Auschwitz, dont de 650.000 à 1 million de
juifs.
Les
écarts s’expliquent, essentiellement, par la
difficulté de chiffrer le nombre des

victimes
polonaises et hongroises, tandis que celui des juifs
déportés d’Europe de l’Ouest est bien
connu, notamment grâce aux travaux de Serge
Klarsfeld.

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Il
sollicite un mandat officiel du Comité
international d’Auschwitz.
Celui-ci
le lui accorde bien volontiers, le musée
s’étant toujours refusé, par principe,
à faire appel aux apports étrangers, mais
n’étant pas opposé à ce qu’on le
fasse pour lui…
L’effet
Lauder est radical.
L’Allemagne,
qui n’a jamais rien fait

pour Auschwitz, paie.
Avec
ferveur.
Mais
préfère les relations directes avec le
musée.
“Ils
ne décident pas des travaux: nous leur proposons
des projets précis et chiffrés et ils
choisissent”, explique Krystyna Oleksy,
vice-directrice.
Ces
discussions passent, le plus souvent,

par le consul
d’Allemagne à Cracovie.
Aux
termes d’un accord signé en novembre 1994, le
gouvernement fédéral vient de s’engager
pour 10 millions de marks.
A
l’initiative de la Basse-Saxe, les Länder, soucieux
de ne pas être en reste, se sont associés
pour réunir la même somme.
Ils
se sont déjà engagés dans les
travaux de

restauration du “sauna central”.
Et
la station de radio-télévision allemande
Norddeutscher Rundfunk a organisé une sorte de
Téléthon “contre l’oubli” et
récolté 2 millions de marks auprès
du public.

Les autres pays passent par la fondation Lauder.
La
Grèce a répondu à l’appel (500.000
dollars), de même que les Pays-Bas et

la
Belgique.
Mais
également l’Espagne, le Japon et la
Grande-Bretagne, qui n’étaient pas
sollicités.
En
octobre dernier, Edouard Balladur a décidé
que la France contribuerait, pour 10 millions de francs,
à cette collecte internationale.

L’Autriche n’a pas donné de réponse.

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.

A lors que, pour la première fois, des moyens
importants — dont plus de la moitié viennent
d’Allemagne — sont alloués à la
préservation d’Auschwitz, subitement, le
financement ne semble plus prioritaire.
Car
le fait de pouvoir enfin discuter de ces ruines maudites,
gelées pendant si longtemps par le communisme, a
suscité une multitude de propositions,

toutes
contradictoires, auxquelles personne ne pensait il y a
encore quelques années.
Certaines
remettent même en question des projets
déjà engagés.

Embarrassés, le Comité international et le
musée organisent, en août 1993, un colloque
rassemblant historiens, religieux, philosophes et
techniciens: “L’avenir d’Auschwitz: conserver les
ruines?”

Loin de clarifier la situation, la
réunion donna le vertige par l’ampleur des
clivages.
“Le
plus surprenant fut de constater que des gens ayant le
même statut, qu’il s’agisse d’anciens
déportés, d’universitaires ou de religieux,
pouvaient exprimer des positions totalement
opposées”, remarque Stefan Wilkanowicz.

Jonathan Webber, professeur d’études
hébraiques à Oxford, raconte

que, avant de
venir au colloque, il était allé demander
son avis à un rabbin britannique de ses
connaissances qui lui répondit: “Laissons pourrir
ce lieu maudit !”

James Young, historien et professeur
d’études judaiques à l’université du
Massachusetts, suggéra que la préservation
de spécimens,

à

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côté
du reste des ruines — que l’on laisserait vieillir
doucement — permettrait aux visiteurs de “voir à
la fois ce qui était, et le temps qui s’est
écoulé depuis”.
Detlef
Hoffmann, professeur d’histoire de l’art à
l’Institut des sciences de la culture d’Essen, estime au
contraire que “ce travail de la nature et du temps,
ordinairement chargé de soigner toutes les
blessures, n’est pas imaginable à

Auschwitz.
A
cause du caractère unique du crime nazi.
Il
faut préserver les ruines, et l’Allemagne doit y
participer financièrement”.
Certains
proposent de limiter la dégradation par tous les
moyens, par exemple en recouvrant les ruines des
crématoires d’une sorte de serre en Plexiglas.

type=”horizontal”>D’autres
envisagent d’aller plus loin: reconstruire.
Plusieurs
projets concernent le vaste sauna central, en cours de
restauration, où les déportés qui
n’étaient pas immédiatement gazés
à leur arrivée mais
sélectionnés pour le travail étaient
rasés, douchés et tatoués.
Certains
souhaitent voir ce lieu, où les détenus
perdaient leur personnalité, devenir

un
mémorial dans lequel une voix réciterait,
en permanence, les noms de victimes connues.
Il
y en a qui veulent y installer tous les objets personnels
dont les déportés étaient
dépouillés.
D’autres
préconisent, au contraire, de le laisser
éternellement vide.
Quelqu’un
a même émis l’idée de creuser une
tranchée dans les

anciennes fosses où
étaient incinérés les corps des
gazés lorsque les crématoires ne
suffisaient pas ou tombaient en panne, comme lors des
gazages massifs des juifs hongrois, en mai-juin 1944.
La
galerie serait dotée de parois de verre, pour que
l’on voie bien l’épaisseur des cendres…
Selon
Yaffa Eliach, professeur d’études judaiques
à Brooklyn, des wagons d’époque

devraient
être placés sur les rails de Birkenau.
Il
y a aussi le projet de Serge Klarsfeld: reconstituer
symboliquement l’ancienne rampe d’arrivée, qui
était jusqu’en mai 1944 à
l’extérieur de Birkenau, avant que la voie soit
prolongée jusque dans le camp.
Tandis
que, à l’intérieur, il
préférerait qu’on “laisse se
dégrader ces traces matérielles, dont le
sort doit être lié

à celui de la
génération qui a connu les victimes”.
Pour
Jean-Claude Pressac, il faudrait reconstruire sur place
l’ancien crématoire III, dispositif énorme
qui associait une chambre à gaz et des fours
crématoires.
“Pour
que les visiteurs se représentent la
rationalité concrète et transparente d’une
machine de meurtre de masse, ce que ne permettent pas les
ruines.”

Serge Klarsfeld n’est pas opposé à
cette reconstitution, à condition qu’elle soit
réalisée à l’extérieur du
camp.

Théo Klein, en revanche, n’en voit pas
l’utilité.
“Tout
cela est contraire à la tradition juive: la
mémoire des morts doit servir les vivants.”

David
Cesarini, directeur de la bibliothèque Wiener de
Londres, consacrée à l’Holocauste,
résume le désarroi ressenti par bien des
participants de ce colloque: “Nous ne pouvons pas prendre
le risque de susciter de nouvelles accusations de
falsification.
Nous
ne pouvons pas, à l’inverse, laisser les ravages
du temps détruire le site.
L’avenir
d’Auschwitz-Birkenau nécessite un

large
débat international, nous sommes tous
concernés par ces lieux.” .

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Une
question, en particulier, grandit, au point
d’obséder: que faire des cheveux? Les cheveux des
victimes.
Lors
de la libération du camp, les Soviétiques
en trouvèrent 7 tonnes, non encore
expédiées dans les filatures
allemandes.
Et
qui ont disparu.
Lors
de la création du camp, les Polonais avaient
trouvé 2,5

tonnes de cheveux provenant d’Auschwitz
dans une filature de Kietz.
Ils
en exposèrent la majeure partie au musée,
amoncelés derrière une immense vitrine.
Comme
preuve de barbarie.
Puis,
ces dernières années, quelques voix
s’élevèrent pour dénoncer ce
“sacrilège”.

type=”horizontal”>Personne,
auparavant, n’avait formulé une telle
objection.
Elle
fut immédiatement prise au sérieux.
Fallait-il
continuer à montrer ces cheveux aux 500.000
visiteurs qui passaient chaque année? Les garder,
mais ne plus les exhiber? Les enterrer?

Depuis, le
débat n’a cessé de s’amplifier.
“A
qui appartiennent ces cheveux?” s’interroge Wladyslaw
Bartoszewski.
Ils
ne sont évidemment pas la propriété
de l’Etat polonais.
Pour
Jonathan Webber, “ils font partie des dépouilles
mortelles, ils doivent être ensevelis”.

type=”horizontal”>Théo
Klein est partagé: “Je n’aime pas les
musées des horreurs, mais des gens ont
peut-être besoin de cela pour comprendre ce qui
s’est passé.
Je
pense qu’il faut garder une petite partie de ces cheveux,
à titre symbolique, et enterrer le reste, sur
place, au cours d’une cérémonie qui ne soit
pas un spectacle.” .

Aujourd’hui, ces cheveux hantent

Auschwitz.
“Lorsque
nous prêtions des objets pour des expositions
à l’étranger, il y avait toujours un peu de
cheveux.
Plus
maintenant”, précise Teresa Swiebocka.
Et
Witold Smrek n’ose plus y toucher: “Pour leur
préservation, ils étaient
régulièrement traités chimiquement
contre les mites, dépoussiérés et
lavés, enfermés

dans de grands sacs.
Ce
traitement les a sauvegardés tout en les
abîmant: ils sont devenus grisâtres et
cassants.
Nous
avons tout arrêté en attendant de savoir ce
que l’on devait faire.” Autre sujet délicat: que
faire des falsifications léguées par la
gestion communiste ?

Dans les années 50 et 60,
plusieurs bâtiments, qui avaient disparu ou
changé d’affectation, furent reconstruits, avec de
grosses erreurs, et présentés comme
authentiques.
Certains
trop “neufs”, ont été fermés au
public.
Sans
parler de chambres à gaz d’épouillage
présentées parfois comme des chambres
à gaz homicides.

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Ces
aberrations ont beaucoup servi aux négationnistes,
qui en ont tiré l’essentiel de leurs
affabulations.
L’exemple
du crématoire 1, le seul d’Auschwitz I, est
significatif.
Dans
sa morgue fut installée la première chambre
à gaz.
Elle
fonctionna peu de temps, au début de 1942 :
l’isolement de la zone,

qu’impliquaient les gazages,
perturbait l’activité du camp.
Il
fut donc décidé, à la fin d’avril
1942, de transférer ces gazages mortels à
Birkenau, où ils furent pratiqués, sur des
victimes essentiellement juives, à une
échelle industrielle.
Le
crématoire I fut, par la suite, transformé
en abri antiaérien, avec salle
d’opération.

type=”horizontal”>En
1948, lors de la création du musée, le
crématoire I fut reconstitué dans un
état d’origine supposé.

Tout
y est faux: les dimensions de la chambre à gaz,
l’emplacement des portes, les ouvertures pour le
versement du Zyklon B, les fours, rebâtis selon
les souvenirs de quelques survivants, la hauteur de la
cheminée.

A la fin des années 70, Robert Faurisson exploita d’autant mieux ces falsifications que les responsables du musée rechignaient alors à les reconnaître.
Un négationniste américain vient de tourner un film vidéo dans la chambre à gaz (toujours présentée comme authentique): on l’y voit interpeller les visiteurs avec ses
“révélations”.

type=”horizontal”>Jean-Claude
Pressac, l’un des premiers à établir exactement l’histoire de cette chambre à gaz et de ses modifications pendant et après la guerre, propose de la restaurer dans son état de 1942, en se fondant sur des plans allemands qu’il vient de retrouver dans les archives soviétiques.
D’autres, comme Théo Klein, préfèrent la laisser en l’état, mais en expliquant au public le travestissement: “l’Histoire est ce

qu’elle est; il suffit de la dire, même lorsqu’elle n’est pas simple, plutôt que de rajouter de l’artifice
à l’artifice.”

Krystyna Oleksy, dont le bureau directorial, qui occupe l’ancien hôpital des SS, donne directement sur le crématoire I, ne s’y résout pas: “Pour l’instant, on la laisse en l’état et on ne précise rien au visiteur.
C’est trop compliqué.
On verra plus tard.” “Comment décider lorsque le clivage des propositions est extrême ? Et qu’elles sont toutes légitimes et de bonne foi?

Dans ces matières, un quasi-consensus est nécessaire.
Lorsqu’il n’existe pas, mieux vaut ne pas prendre de décision.
Il faut attendre et continuer à discuter”, estime
Stefan Wilkanowicz, qui, au cours de ses longues années dans l’opposition, a appris la patience.
Cela explique le peu de choix concrets.

type=”vertical”>Outre le changement de la plaque commémorative de
Birkenau et la rigueur nouvelle dans les restaurations, la seule orientation déjà perceptible est l’accent mis sur Birkenau, qui acquiert progressivement le statut sacré de cimetière.
Depuis quelques semaines, des panneaux dressés aux endroits importants exposent des photos d’époque permettant aux visiteurs de comprendre ce qui se passait

là.
L’opération est financée par le gouvernement allemand (400.000
marks).
Une fois surmonté le débat moral sur le fait que les seules photos existantes furent prises par des
SS, il fut décidé d’installer chaque cliché sur un bloc de granite noir.

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La
multiplication de ces stèles posées sur le
sol donne à Birkenau un aspect de lieu de
sépultures.
Aspect
encore renforcé par d’autres blocs de granite
rappelant l’emplacement des anciennes fosses
d’incinération.
Et
par d’autres stèles, encore, dans la
troisième partie du camp — le “Mexique”– dont il
ne reste rien et où moururent à l’air libre
tant de femmes

hongroises laissées à
l’abandon.
“C’est
ce qu’il faut privilégier, précise Detlef
Hoffmann: le droit pour Birkenau d’être un
cimetière, un endroit de silence et de
prière.”

Teresa Swiebocka revendique cette
orientation: “Nous agissons désormais en fonction
de la nature du lieu: Birkenau est le plus grand
cimetière au monde.
Sur
des dizaines d’hectares, le sol y est indissolublement
mêlé aux cendres de centaines de milliers de
personnes.”

Le musée vient de prendre des mesures
pour mieux protéger cette vaste
nécropole.
Une
“cellule de sécurité” a été
créée, la surveillance doublée, et
un poste de garde placé au bout de Birkenau, vers
le sauna central, près des bois de bouleaux et des
anciennes fosses d’incinération.
Pour
dissuader les orpailleurs qui resurgissent
épisodiquement, parfois équipés

de
détecteurs de métaux, comme cela se
produisit en 1994.
Héritiers
infâmes de ces Polonais qui fouillaient,
après guerre, les fosses macabres, à la
recherche de pépites.

Cette vigilance évitera aussi que l’on ne croise
des cueilleurs de champignons, comme c’était
encore le cas il y a peu.

.

type=”vertical”>
Le glissement progressif vers le silence sacré
provoque déjà d’autres questions.
Depuis
quelque temps, la direction du musée reçoit
des requêtes inédites: des juifs demandent
à être enterrés à
Birkenau.
Certains
expliquent que cet endroit est la sépulture d’une
partie de leur famille.

type=”horizontal”>A
nouveaux problèmes, nouveaux clivages.
“Nous
leur répondons que ce n’est pas possible, mais
qu’il y a un cimetière juif dans la ville
d’Auschwitz”, précise Teresa Swiebocka.
Elle
pense, cependant, qu’avec l’accord du Comité
international un petit cimetière pourrait
être créé près de la fosse
commune où furent ensevelis les centaines de
cadavres découverts

dans le camp à sa
libération.
Personnellement,
Stefan Wilkanowicz y serait favorable.
A
condition de réserver cette possibilité aux
anciens détenus: “Un terrain pourrait être
acheté en bordure du camp.
On
va en discuter.”

Théo Klein n’est pas d’accord:
“C’est sans limites.
Les
enfants des enfants voudront, à leur tour, s’y
faire enterrer.
L’histoire
s’est terminée.
Il
ne faut pas prolonger de cette façon la vie de ce
lieu.
C’est
un lieu fini.” .

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Eric Conan

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